La photogénie est un mystère. Certaines filles, sublimes dans la vie, ne donneront rien à l’image. Mieux vaut alors les sauter sans les signer. Les filles les plus éclatantes en chair et en os n’accrochent pas la lumière, alors qu’une nana quelconque, avec un nez rond et des yeux engoncés, pourra se révéler rentable si elle possède ce don du ciel : être aimée par la caméra. C’est une question d’ossature et de personnalité, d’ombre sur les joues, de volonté dans le menton, de mélancolie ou d’animalité dans l’attitude. C’est pourquoi je ne sors jamais sans mon bon vieux Pola. Les appareils numériques aplanissent les reliefs, le digital salit les cheveux. Quand Corinne Day a découvert Kate Moss pour sa première série dans « The Face », c’est en tombant sur un Polaroid shooté par Sarah Doukas de l’agence londonienne Storm, qui l’avait croisée à l’aéroport de New York. La petite Anglaise avait alors quatorze ans et rêvait d’être hôtesse de l’air ; à présent elle gagne 30 millions de livres par an (et son scout prend 10% de tout ce qu’elle gagne ! parfois j’en rêve la nuit !) Aujourd’hui j’ignore s’il arrive encore à Kate Moss de prendre des avions de ligne.

Savoir ce qui ferait bander les mecs était mon job. Les filles qui font consommer les femmes sont celles qui excitent leur mari. Or ce qui excitait les hommes, au début du XXIème siècle, c’était la pureté. Tout le monde voulait de la pureté parce que les gens se trouvaient probablement tous dégoûtants. Les hommes n’étaient plus attirés que par les physiques enfantins et, en conséquence, les femmes se déguisaient toutes en fillettes roses. Je me suis toujours méfié des hommes qui s’affichent avec des gamines : ce sont des frimeurs tropéziens ou des homosexuels refoulés. Ils se pavanent avec elles comme des automobilistes au volant de leur nouveau coupé sport. En cette époque où la jolie femme était devenue un trophée, certaines soirées ressemblaient à des concours de teckels : c’était à celui qui arborerait la plus fraîche bestiole à son bras. Les hommes comparaient les corps de leurs accompagnatrices, la taille de leurs yeux, l’odeur de leurs cheveux et la longueur de leur laisse.

- Regarde ma fiancée juvénile au regard bleu clair.
- Et toi, mate un peu ma poupée de porcelaine aux cils recourbés.

précédent7/21 8/21suivant